Hors-la-loi

Une admirable prise de risque, tant en matière d’enregistrement que de contenu ; ce « Live à Ferber » de Théo Maxyme marque un tournant dans l’interprétation et la composition, conviant aussi bien le rock et les influences anglo-saxonnes qu’un art du verbe francophone d’une vénéneuse beauté.

Un premier disque. Des prises directes, en temps réel, sans fioriture ni arrangement inutile. « Live à Ferber » se regarde autant qu’il s’écoute, et pas uniquement grâce au fait de pouvoir admirer la performance de Théo Maxyme sur Youtube. Non, les yeux sont ailleurs, plongés dans le vague, dans le brouillard de pensées perdues depuis trop longtemps. Il y a la poésie, la passion, la colère. Il y a l’attente, le constat, l’amertume et l’espoir. En cinq chansons, le créateur grave sa science de la parole, de la rime, de la relecture sur les sillons des vinyles et de nos peaux tendues. Il se retient, puis éclate. Il s’interroge, puis exprime sa propre vérité. En nous conviant à le suivre, seconde par seconde.

L’encre de Théo Maxyme coule le long des pages vierges de l’amour, inscrivant ses hauts et ses bas au fil des marges, des lignes, des blancs parfois… De points de suspension en exclamations, « Live à Ferber » conte les récits réalistes de l’apprentissage, de la désillusion, du partage. « Un peu de toi », populaire dans sa forme mais intime sous ses atours d’hymne immédiat, cache le besoin d’échanger, de dialoguer ; celui-là même qui effleurera douloureusement « Sur le fil », complainte dont la lente marche vers un salut incertain, au tempo du piano, demeure notre unique compagnon de route au creux de ses rimes et termes qui sont, à n’en pas douter, les plus belles lettres que l’on ait entendues depuis des années. Le courage, bientôt, reprend le dessus : « Hey Joe (L’amour est un hors-la-loi) » bouscule sa source originelle, s’empare de sa violence pour mieux la dompter, jusqu’à l’explosion d’une guitare aiguisée et pénétrant nos chairs. « Whisky on the Rocks », le repos du guerrier, s’emballe et ouvre la voie à une intense purification de l’âme, à une suite très attendue, à un envol mélodique sentant bon la liberté et l’ivresse.

Gratter la peinture usée d’un rock fatigué pour reconstruire l’âme et la révolte ; Théo Maxyme signe un opus émotionnellement puissant, ravageur et interrogateur. Et propulse ses météores mélodiques sur le calme apparent de nos planètes si lisses et faussement paisibles ; un impact que l’on ne refusera sous aucun prétexte !

« Live à Ferber » de Théo Maxyme, disponible depuis le 19 octobre 2018.