Esprit frappeur

Construisant toujours plus intensément une œuvre d’art qui n’appartient qu’à elle, Mathilde Fernandez invoque anges et fantômes avec « Hyperstition », une douce et épineuse blessure dans nos âmes fascinées.

On ne cesse d’admirer la volonté croissante de Mathilde Fernandez, créatrice dont les obsessions sanguines et sombres tissent, autour de nous, le cocon venimeux et chaud d’une prédatrice dissimulée sous des atours de magicienne. Déjà, avec « Live à Las Vegas », elle avait injecté, dans ses compositions, une fausse ironie qui paraissait d’une cuisante réalité et qu’elle mettait à mal dans ses interprétations scéniques (on vous conseille d’aller voir, le plus rapidement possible, les photos de ces performances à couper le souffle, troublantes et hypnotiques). En donnant naissance à « Hyperstition », elle surpasse les croyances, les ambitions et les intentions. Elle s’incarne dans la chair d’une femme aux fêlures spirituelles et corporelles insufflant les pulsions nocturnes d’une musique hantée, aux effets hallucinés et acides.

Dans ses tréfonds les plus obscurs, « Hyperstition » paraît nous conter l’histoire d’une reine déchue, jetée au fond de terres hostiles et de tunnels où les prédateurs – surtout humains – rôdent et attendent de pouvoir la saisir. Mais sa volonté et sa cruauté feront tomber même les plus voraces. « Oubliette » s’éprend du noir, d’un rythme cardiaque appuyé et dont les effets secondaires nous plongent dans un coma salvateur. Mathilde Fernandez mène la danse, électrise ses instruments, explore sa voix et appelle l’animalité au creux d’une prière païenne d’une bouleversante séduction. « Pressentiment Prémonitions », ses harmonies synthétiques, ses aigus portés aux cieux orageux sont une tempête grondant au fond de nos muscles et râpant nos épidermes, quand « Où es-tu ? » résonne, écho d’une demande à jamais insatisfaite. Les relectures d’ « Oubliette », l’une grave et mécanique par Perez, l’autre cinglante et abyssale par Paul Seul, achèvent de prouver que notre déesse nocturne mérite le culte qu’elle métamorphose en cérémonie sensuelle et sacrificielle.

On ne ressort pas indemne de l’écoute de ce fécond « Hyperstition ».. Une expérience rare, vibrante, essentielle, inoubliable.

crédit : Raphaël Lugassy

« Hyperstition » de Mathilde Fernandez, disponible depuis le 9 novembre 2018.