Bruits et chuchotements

Quelque part entre la folie et l’obsession, « Heady » de Marion Berry livre une vision sombre et marquante de ces mélodies qui, parfois, viennent nous hanter jusqu’à la démence.

Dans le nouveau court-métrage de Marion Berry, chaque détail a été scrupuleusement dessiné, apprivoisé, modifié, creusé. Là où d’autres réalisateurs auraient cherché à symboliser une histoire à grands renforts de visions cauchemardesques, l’œuvre est ici viscérale et se focalise sur les causes physiques de la perte de repères. Une femme seule, muette et tourmentée par une mélodie de piano inquiétante, cherche la source de son inconfort. S’il n’est pas dans son cerveau, c’est qu’il doit être ailleurs. Et qu’il faut impérativement l’arrêter.

Le noir et blanc utilisé par Marion Berry amplifie le sentiment d’isolement de la seule protagoniste du film, alternant ses deux teintes monochromes dans de nombreux détails (les touches du clavier se reflétant dans les teintes du vernis à ongles). Le regard de L’actrice, d’abord intrigué, se mue en souffrance, en perdition. Et, lorsque le calme revient enfin, presque palpable (magnifique travail sonore de Laurent Buisson), tout s’éteint. L’intérieur du tympan, ainsi réduit à une passivité totale, déséquilibre l’image, les membres du corps, le regard. Dans ses ultimes secondes, et sans pour autant moraliser le spectateur, « Heady » exprime violemment le rejet de ce qui n’est pas humain. Sans musique, sans dialogue, sans communication, la vie n’a plus aucun goût.