L’émotion puissance trois

Elles sont trois. Trois visages enfantins, regardant l’objectif sans savoir ce qui se dissimule derrière, ni les histoires qu’elle vivront, ni les destins qui les porteront. Leurs ailes angéliques se confondent aux tonalités pastel d’un habit lumineux, d’une seconde peau. La pochette du nouvel EP de Lux’s Dream prépare aux premiers mots de son titre introductif, « Three » : « Bound by the gloom… » Liées par la tristesse et les ténèbres. Mais, plus que tout, par l’union. Car, dans le clip accompagnant ce qui est, sans nul doute possible, la plus belle chanson de ce début d’année, elles se muent en époques, en caractères, en personnalités schizophrènes et fantomatiques d’une artiste dont les mouvements sont contrôlés par ses impulsions. « And we’ll sing along… », que Dalhas Umaï fera étinceler dans une version finale entre innocence et imaginaire.

« Three » pousse, toujours plus loin, les caractères de Sacha Navarro-Mendez. Son identité aussi, omniprésente au fil de ses poésies verbales et mélodiques ; de mystères en symboles, elle réunit, crée la symbiose de ses individualités et l’inspiration des muses qui la portent depuis ses débuts en solitaire. L’électronique vit, pulse (« As When »), danse et tourbillonne. La peau s’étire, se libère, déchire les épidermes de mélodies portant l’innocence vers l’illumination. Le songe de « La maison », exprimé en français, est d’une sensualité et d’une confidence précieuses. La vapeur des mots « Et vous êtes là / Vous êtes toutes et tous là… » conjugue l’art au pluriel, donnant et recevant. La mue de Lux’s Dream se permet même une mise au point, mélancolique certes, mais d’une fabuleuse puissance poétique : « Sweet Nothings ». Ces petits riens qui sont autant capables de scinder l’amour que de le faire éclore.

« Three » terrasse l’âme, emporte impressions et sentiments vers des décisions à la suave radicalité. Comme elle sort de l’ombre visuellement, après les errances nocturnes de « Little Bean », Sacha Navarro-Mendez est une créatrice au summum de ses ambitions, à l’affût de ses expérimentations sensorielles.

Lux’s Dream @ Groom – crédit Kevin Simon

« Three » de Lux’s Dream, disponible depuis le 1er mars 2018.