Next of Kin

Relecture à la fois directe et intelligente des prémisses d’une saga annoncée, « Kin : le commencement » préfère l’ambiance mélancolique de la science-fiction, préparant le spectateur à un expérience d’ores et déjà imprévisible et étonnamment subtile.

Beaucoup ne sauront pas sur quel pied danser en allant voir « Kin : le commencement » ; d’ailleurs, les critiques – positives comme négatives – ont d’ores et déjà commencé sur la Toile et dans la presse. Road movie, science-fiction, quête initiatique ou drame familial ? Impossible de distinguer l’un ou l’autre des genres en regardant les 103 minutes du long-métrage des jumeaux Josh et Jonathan Baker ; et c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de l’aventure à laquelle nous sommes conviés. Oscillant entre le cinéma indépendant et la volonté du grand spectacle, mêlant la pyrotechnie et le polar noir, « Kin : le commencement » évite tous les clichés de la superproduction débilitante. À tel point que le résultat ressemble à s’y méprendre à un parasite culturel plongé dans la cuve bouillonnante du Hollywood le plus fédérateur et sentimentaliste. Sans jamais s’y noyer, ceci dit.

Pitch simple : le jeune Elijah (formidable Myles Truitt), adolescent solitaire perdu dans un Detroit magnifiquement filmé et terriblement triste et froid, survit tant qu’il peut auprès de son père veuf (Dennis Quaid), notamment en vendant des métaux volés dans les nombreux bâtiments abandonnés de la ville. Alors que son frère aîné sort de prison, il trouve, parmi des cadavres aux casques inquiétants, une arme inconnue et puissante, dont l’origine ne sera révélée qu’à la toute fin (ouverte, bien sûr) de l’histoire. En cavale, poursuivi par le dealer (James Franco) auquel le fils récemment libéré doit de l’argent et deux êtres vêtus de noirs cherchant à récupérer le précieux fusil, Eli va rapidement comprendre que sa découverte est loin d’être une simple coïncidence…

Un sujet ressassé depuis les débuts du 7e Art, mais qui revêt ici un point de vue totalement inédit. Car « Kin : le commencement » est une œuvre piochant dans les styles afin de mieux les redessiner sur des toiles visuelles dont l’éclairage offre une succession de moments nocturnes poignants. L’image semble coller aux personnages, qu’il s’agisse de la rencontre avec Milly (Zoë Kravitz) dans la boîte de strip-tease ou du final, certes peu original, mais diablement efficace. Les tourments vécus par le héros sont illustrés comme lors d’une pièce de théâtre d’un autre temps, à l’aune d’un futur où la 3D n’a absolument pas sa place pour transmettre toutes les émotions que l’on traverse durant l’intégralité de cette quête. Les décors sont le prolongement des protagonistes, de leurs sentiments, de leur mélancolie, de leurs peurs ; de même que la musique de Mogwai, puissante et épidermique de bout en bout.

Certains ne verront, dans « Kin : le commencement », qu’une tentative ratée de répondre à son cahier des charges (à savoir, le premier épisode d’une série que l’on espère à succès) autant qu’aux promesses faites sur l’affiche (la caution « Stranger Things » et « Seven Sisters »). D’autres seront déçus, c’est évident ; ce que l’on comprend facilement, l’action peinant à s’installer et les explosions et effets spéciaux souhaités n’étant pas au rendez-vous. Mais « Kin : le commencement » offre une vision contemplative et audacieuse d’un récit sensible, spectaculaire et poignant. Une peinture moderne, intelligente et attachante du feuilleton en salles obscures et qui, c’est certain, révèle tous ses secrets et indices lors de plusieurs visionnages.

« Kin : le commencement » de Josh Baker et Jonathan Baker, en salles depuis le 29 août 2018.