Cet éclat dangereux

« Elle repose au milieu du jardin, affolée par milles et uns parfums […] Rafales de senteurs et célestes vapeurs, qui viendront alléger nos âmes et nos cœurs. »

Telles résonnaient en mars, comme un effet d’annonce, les paroles de « Jardin », extrait de « BLITZ », le dernier album nouvellement coloré surf rock de la côte Est d’Etienne Daho.

Comme à son habitude, pour son nouveau Diskönoir, le prince de la pop met le paquet. C’est revêtu de ses plus beaux atours – lunettes tintées, blouson cuir corbeau et chemise de perles iridescentes – qu’il dirige d’une main de maître une exposition à la Philharmonie de Paris (« Daho l’aime pop »), une sortie d’album (« BLITZ », paru le 17 novembre 2017) et une tournée affichant déjà complet, Le BLITZ TOUR (Olympia prévu du 27 novembre au 2 décembre 2018).

De plus, rien dans l’esthétique de ces mélopées lynchéennes (« Les Filles du canyon ») ne semble avoir été laissé au hasard. L’album est à la fois frais, par sa poésie bucolique (« Jardin »), et capiteux (« Les baisers rouges »), par ses lourdes nappes de guitares électriques (« Chambre 29 ») ; revigorant, par son dynamisme et ses enchaînements fluides et sophistiqués, avec un verbe toujours adéquat et une atmosphère faite de brouillards urbains (« Nocturne ») travaillée à l’excès, peuplée de déesses (« The Deep End ») ou de nymphes païennes (« Voodoo Voodoo »), rendant le tout extrêmement mystique.

Hier, Daho récidive, publiant ce clip, « L’étincelle », qui met rapidement le feu aux poudres. Jugez par vous-même.

Ce qui frappe dans ce nouveau clip d’Etienne Daho, co-réalisé avec Jean-Louis Pierot (qui a également co-composé la majeur partie des titres de « BLITZ ») c’est que, du texte de la chanson : déambulation nocturne d’un héros de papier, errance de l’amant en mal d’amour ; à la mise en scène signée Romain Winkler, celui-ci pourrait très bien être la suite non-officielle de « L’homme qui marche », titre phare des « Chansons de L’innocence retrouvée » que nous avait offert l’intéressé le 6 novembre 2015.

C’est dans cette atmosphère de la grande ville, énigmatique et nocturne, qu’émerge « L’étincelle ». Elle jaillit au détour d’un regard, dans l’œil de Daho et des comédiens Amélie Daure et Arnaud Valois (au talent récemment salué au Festival de Cannes pour sa prestation dans « 120 battements par minutes ») et se fait inquisitrice, incisive, persistante.

« L’étincelle ». Pleins phares sur trois personnages perdus et éperdus dans le « calme orageux » du Blitz. L’amour, sous toutes ses coutures et toutes ses formes (hétéro et homosexuel ; on pense en effet que le choix d’Arnaud Valois n’est pas anodin) dans la tourmente. L’angoisse de vivre, thème clef du chanteur, se retrouve ainsi (sur ?)-exposée en blanc et noir, pour mieux en faire ressortir les contours. Pari réussi.