Jaws à peine regarder…

Encore un beau loupé en termes de série B à base de monstres marins ; « En eaux troubles », pourtant prometteur sur le papier et au fil de ses bandes-annonces, parvient non seulement à nous faire apprécier les nombreux nanars pullulant sur les sites de téléchargement, mais réussit surtout à ridiculiser sa menace principale. Bel exploit…

Le film de requins est, à lui seul, un genre souvent abordé par bon nombre de réalisateurs, bons ou mauvais. Mais il faut bien admettre que rien n’a su réellement nous faire frémir ces derniers temps, sauf peut-être grâce à des héros anonymes de l’écriture et de la cinématographie conscients que, depuis Spielberg, innover vaut nettement mieux qu’imiter. On peut citer les exemples « Open Water » (et on éradique immédiatement ses suites, au passage), le très bon « The Reef » et l’excellent « 47 Meters Down », petits miracles au cœur d’une industrie horrifique laborieusement essoufflée. Alors, quand la nouvelle de l’arrivée de « En eaux troubles » (« The Meg » en V.O. ; on se demande encore pourquoi les exécutifs français ont à ce point bâclé la traduction du titre, ce dernier faisant penser au mieux à un long-métrage d’espionnage, au pire à une fable écologique sur la pollution marine), porté par un Jason Statham désireux de changer de registre (normal pour un ex-plongeur olympique, mais c’est raté sur toute la ligne…), on espérait un déploiement d’attaques furieuses, quelques touches de gore savamment amenées, un humour second degré bien dosé et, plus que tout, une aventure anxiogène et exaltante. Pour nous retrouver avec une immonde bouse bâclée sur tous les points et même pas amusante pour un sou.

Rien que le fait de raconter le pitch est une épreuve. En résumé, des chercheurs découvrent, sous la fosse des Mariannes (oui oui, il y a une seconde couche à l’intérieur !), un monde sous-marin peuplé de créatures inconnues ou supposément disparues. Parmi elles, un squale gigantesque et pressé de remonter à la surface pour un potentiel carnage. Seul homme capable de lutter contre la bestiole : Jason Statham, sauveteur en proie au doute après l’échec de sa dernière mission mais oubliant bien vite ses traumas et devenant maître de la punchline à deux francs six sous. Le duel s’engage alors, sans que l’on sache qui en sortira vainqueur (même si on en a rapidement une vague idée)…

crédit : Warner Bros.

Le naufrage est total. Prévisible : car, en regardant la filmographie du réalisateur, Jon Turteltaub (« Benjamin Gates » 1 et 2, « L’apprenti sorcier » ; que du lourd, quoi…), on aurait dû se douter de la purge visuelle. Mais quand même pas à ce point-là : entre un mégalodon qu’on aperçoit furtivement (le budget des effets spéciaux était-il si réduit que ça ?) et qui, comme dans l’inoubliable « Killer Crocodile », change de taille entre les plans, un twist central piqué au « Piranha 3D » d’Alexandre Aja et de l’action condensée en vingt minutes finales illisibles, le spectateur a profondément envie de pleurer. Mais pas de rire. « En eaux troubles » est l’exemple parfait du gâchis infligé à un sujet qui n’en demandait pas tant. Et quelque chose nous dit que, entre les mains du sieur Spielberg, ça aurait pu nous faire un terrifiant « Jurassic Park » marin. En attendant, c’est le drame. Je retourne mater la saga « Sharknado », pour la peine…

« En eaux troubles » de Jon Turteltaub, en salles depuis le 22 août 2018.