DeLaurentis, de l’universel à l’intime

« Classical Variations, Vol. 1 » : une note d’intention simple, directe, mais dissimulant un dialogue avec le sang et les étoiles d’une profonde cohérence. Entre le mysticisme de l’amour charnel et sentimental et l’immensité indéfinissable de mondes inconnus, DeLaurentis explore les rivières mentales, sensorielles et visuelles d’une obsession de la beauté, de l’étrangeté, de l’interrogation. Un regard vers les astres autant qu’en elle-même, en ses racines.

crédit : Dominique Gau

D’une constellation lointaine au confort d’un lieu dont on ne soupçonnera à aucun moment la véracité géographique, « Classical Variations Vol. 1 » s’impose lentement, virtuellement. Loin de n’être qu’une réinterprétation de ses lectures et appropriations originelles, il écrit les pages d’un journal intime, les espoirs et ambitions d’une artiste que les défis motivent avant qu’elle ne les embrassent et ne les pensent. Les connexions synaptiques de la musicienne ne fonctionnent pas comme celles du commun des mortels ; convergeant naturellement vers la sensation puis l’interprétation, elles s’électrisent, s’illuminent, dialoguent. Un réseau cérébral organique et foudroyé par les éclairs de son génie humain, à l’approche libre et spontanée.

Une gymnopédie en apesanteur, astronaute observant les planètes, la destination inconnue aussi bien que sa propre mortalité. Une galaxie et ses lueurs, comme autant d’ondulations mélodiques, de progressions lorsque l’attraction fait place à la peur de ne jamais retoucher le sol. L’hésitation de la voix, ses brusques saccades se muent en un appel, un geste lumineux venu de nulle part. La créatrice devient forme, comète puis source de vie, éclot dans une dimension autre, universelle.

Le mystère d’un couloir à moitié plongé dans l’obscurité. Au loin, quelques notes, une caresse, un murmure. Le velours des arpèges est pudique, réservé, pour ne conserver que le plus pur des miracles amoureux au moment d’un acte qui ne peut que se produire. La pavane, la danse lascive de la séduction, porte le timbre de DeLaurentis vers une apparition charnelle, palpable. Le lieu défie l’espace-temps – notamment au fil de sa seconde apparition, à la fin du disque -, la logique, et exacerbe les sens.

Sous les doigts de la compositrice, Saint-Saëns est une nouvelle hallucination, le film muet d’un délire cinématographique à la Méliès. Une percée lunaire, fantastique, touchant au divin que Ravel, transfiguré par la voix, ramènera sous des cieux terrestres tectoniques, tremblements d’une terre tout en danses et en dialogues. Le canon d’un désir de communication, d’un flux électronique portant, dans ses fils et interstices, une vérité que chacune et chacun se doit d’absorber, mentalement, neurologiquement.

« Classical Variations Vol.1 » respire, retient son souffle et touche ce à quoi personne d’autre n’a jamais osé se confronter : l’univers et ses limites, indéfinies jusqu’au lors, mais en une éblouissante expansion grâce à DeLaurentis.

crédit : Dominique Gau

« Classical Variations Vol.1 » de DeLaurentis, disponible depuis le 1er février 2019.