La maison aux esprits

La sensation de voir un homme, seul, chez lui, confronté à ses propres fantômes. David Gray sait que sa carrière a, plus que tout, été identifiée à un album primordial dans l’histoire de la musique contemporaine, le fabuleux « White Ladder ». Aujourd’hui, il semble apaisé certes, mais également en proie à l’irrépressible envie de dépasser les idées reçues. Car ses capacités de songwriter, qu’il porte depuis maintenant plus d’un quart de siècle, n’ont jamais été aussi puissantes et évocatrices que sur ce troublant « Gold in a Brass Age ». Le testament et la renaissance d’un cinquantenaire qui, devant les pages blanches d’une histoire à venir, s’immerge parmi ses semblables.

Le constant dialogue entre le compositeur et les chœurs offre une vision tant introspective que tournée vers autrui ; « The Sapling » et la piste éponyme confondent, de façon sensible et délicate, la voix du monde à celle d’un solitaire invétéré mais ayant besoin d’exister, socialement et artistiquement. De trouver sa place, quitte à braver les éléments : « A Tight Ship » vogue vers des pays lointains, des déserts de sable et d’arbres éternels, enchaînant sur un « Watching the Waves » plongeant dans les eaux profondes de l’inspiration, les yeux dans le vague. Plus loin, l’apaisé « Hurricane Season » est la tempête contenue d’une révélation soudaine, de vents intérieurs que le piano et le chant lyrique final transpercent et consolent. Un espoir que les montées de « Mallory », déclaration passionnée effaçant le doute, poussent vers un paroxysme narratif d’une beauté à couper le souffle.

« Gold in a Brass Age », l’or éclatant d’un discours amoureux ; pour soi, pour autrui, pour le monde. David Gray s’amuse, écoute, éprouve et grave, dans le marbre, les heures magiques de l’âge, de l’apprentissage et de l’émotion pure.

« Gold in a Brass Age » de David Gray, disponible depuis le 8 mars 2019 chez iht Records / AWAL Recordings, Ltd.