Combustion lente

Sortant de son laboratoire expérimental pour offrir au grand public le fruit de ses réflexions électroniques, Chris Liebing livre un album où la noirceur et les pulsations angoissantes se font face, tout en laissant paraître une sensible lueur d’espoir.

Pour Chris Liebing, la création et l’élaboration passent non seulement par l’exploitation des capacités de chaque source informatique mise à sa disposition, mais avant tout à travers l’intelligence de la confection d’une atmosphère, d’un lieu sonore charriant son lot d’émotions fortes. « Burn Slow », cette flamme qui ne cesse de briller et de tout brûler sur son passage, distille savamment l’inquiétude et l’étrangeté d’un art technologique où le cœur bat sourdement afin de mieux embraser les esprits. Dix pistes noires et captivantes, brumeuses et toutes griffes dehors.

Les collaborations présentes sur « Burn Slow » (dont celle de Gary Numan, donnant un somptueux suspense à « Polished Chrome (The Friend pt.1) parlent, murmurent et se font à la fois discrètes et d’une importance capitale. Dès les premières invitations au voyage obscur de « So Then… » et jusqu’à la progression implacable des ambiances tour-à-tour apaisées et ravageuses de « Trilogy » (soit dix-huit minutes qu’on ne voit absolument pas passer), en passant par la douceur acérée de « And All Went Dark », Chris Liebing glisse quelques boucles mélodiques dont la répétition infinie joue parfaitement son rôle de catalyseur. « Novembergrey » se danse tel une fin de soirée solitaire sur une piste plongée dans les ténèbres, quand le formidable et puissant « Ghosts of Tomorrow » invoque les esprits de l’angoisse et de la déraison.

« Burn Slow » est un trip surnaturel et tétanisant, incitant l’auditeur à plonger dans les profondeurs d’une âme torturée au premier abord, mais surtout libre et prête à posséder quiconque se mettra sur son chemin. Une véritable merveille suggestive, attirante et obsessionnelle.

« Burn Slow » de Chris Liebing, disponible depuis le 7 septembre 2018 chez Mute.