Mais où est le King ?

On attendait beaucoup de la collaboration entre Stephen King et J.J. Abrams ; mais le second se montre, une nouvelle fois, très prompt à passer à côté de ce qu’un tel projet exigeait. Au final, « Castle Rock » peine, voire ne parvient jamais, à retrouver l’essence de l’écriture du maître.

Notre très estimée confrère Julia Escudero a parfaitement analysé, dans son article publié sur Pop & Shot, les différents problèmes que pose l’adaptation en série télévisée de la ville de Castle Rock, berceau de quelques-uns des plus grands romans de l’auteur du Maine et lieu vénéré par ses fans. Et il est vrai que le show, malgré quelques indubitables qualités, est d’un ennui profond, et ce, depuis ses premiers balbutiements et enjeux présentés dans le premier épisode. On voulait croire que l’histoire d’Henry Deaver et de son retour dans la cité maudite, ainsi que la découverte d’un jeune homme enfermé dans les sous-sols de la prison de Shawshank et apparemment doué de pouvoirs surnaturels, demanderait certes une montée en tension croissante, en prenant le temps d’installer l’action ; cela étant, depuis huit épisodes, le spectateur commence à sérieusement en avoir assez. Aucune cohérence, quelques fulgurances qui font l’effet de pétards mouillés, et rien d’autre. Ou comment sacrifier l’auteur en bonne et due forme.

On le sait, Stephen King est incomparable lorsqu’il s’agit de distiller le suspense en partant de faits apparemment insignifiants. Son dernier roman en date, « The Outsider » (dont on attend la sortie en France), en est l’exemple le plus récent : ce qui débute comme une intrigue policière sombre peu-à-peu dans le fantastique pur et dur. Ainsi aurait dû être « Castle Rock », et il faut bien avouer que tout était pourtant bien parti. Plusieurs histoires parallèles prêtes à se rejoindre, quelques effets mystérieux, des personnages aux passés troubles ; le terreau idéal d’un bon moment télévisuel, en plus de ses (trop) nombreuses références (Jackie Torrance ? Vraiment ?). C’était sans compter sur la capacité du yes man J.J. Abrams à trop vouloir en faire, comme il nous l’a prouvé avec ses passables « Star Trek » et son calamiteux « Star Wars VII » (le débat est ouvert). S’approprier l’œuvre d’autrui demande de la comprendre, de l’analyser et d’en exploiter les méthodes et les détails. Dans le cas de « Castle Rock », c’est totalement raté, notamment lorsqu’il s’agit de fantastique et d’horreur. Un rendez-vous télévisuel rendant hommage au King et avare en gouttes de sang, c’est à n’y rien comprendre.

Tout au plus pourra-t-on sauver l’épisode 7 et la prestation hallucinée de Sissy Spacek, entre maladie neuronale et hallucinations, le tout conduisant au plus terrible des drames. Mais même l’épisode 8 et son couple de psychopathes fait peur (dans le mauvais sens du terme) à voir. Alors oui, on aimerait sauver « Castle Rock » et chercher des excuses à Abrams ; mais, en l’état, cela demeure rigoureusement impossible. Une seconde saison est d’ores et déjà annoncée ; à moins d’un miracle, on passera notre tour…