Voyage au cœur de la mémoire

Il est difficile de concevoir le nouvel album des Suédois de Bergraven autrement que comme la rencontre parfaite d’un black metal sous-jacent dans la composition et de structures jazz emportées et transfigurées par la saturation. Ainsi, on sort de l’écoute de « Det framlidna minnet » dans un état second, en se demandant ce qui vient de se passer non seulement dans nos oreilles, mais également dans nos esprits malmenés par des mélodies et riffs décharnés et à vif ou, mieux encore, par ces soubresauts de cuivres que rien ne laissait supposer. Les hurlements propres au premier genre sont une narration, une évocation de l’essence culturelle du projet de Pär Stille, et il n’est pas utile de maîtriser la langue pour néanmoins en sentir son impact viscéral et ténébreux.

Les facettes expérimentales de « Minnesgåva » (introduction psychédélique au défoulement de violence maîtrisée qui va suivre) ou les éclairs harmoniques fantomatiques de « Den dödes stigar » et de « Till priset av vårt liv », symbiose incontestable d’une démarche axée sur la provocation et l’excitation, ont de quoi combler les amateurs de sensations fortes, quels que soient leurs styles de prédilection.

« Det framlidna minnet » n’a rien d’inoffensif ou de facile ; c’est même le contraire. Car ses huit mouvements progressifs, menant l’auditeur tout droit au cœur d’un maelström musical marquant et déroutant, doivent être appréhendés avec autant de curiosité que de respect. Sans doute le disque le plus extrême de ce début d’année, mais dont les ambitions réservent à celles et à ceux qui se laisseront prendre au jeu de formidables heures de réflexion et d’inspiration. Une expérience de la profondeur intérieure et des ombres mouvantes de l’âme et du néant.

« Det framlidna minnet » de Bergraven, disponible depuis le 8 mars 2018 chez Nordvis.