Éveil

Marquer son retour avec un nouvel EP et des intentions revues et repensées est déjà une étape cruciale, voire nécessaire. Mais Ben Michel fait encore mieux grâce à « Tout dit », réinterprétation douce et lumineuse n’appartenant plus qu’à lui.

On avait laissé Ben Michel sous les traits de Yellow, magicien des mots et des mélodies dont la simplicité nous passionnait. Aujourd’hui, après de nombreuses rencontres ayant bouleversé sa vie et sa vision de l’art musical, il se livre, seul, sous le feu de lumières sobres et colorées, à notre regard. Et choisit de reprendre une autre prestidigitatrice du verbe, Camille, afin de se libérer des apparences qu’il souhaite laisser de côté.

Le regard prime, impose la concentration avant de susciter l’émerveillement. Ici, une flamme qui s’allume. Là, un vieux tourne-disque qui se met en marche. Chemin de piste et jeu d’énigmes, la relecture occupe totalement l’espace, visuel comme sonore. Au centre, Ben Michel attend, patiente. Puis s’éveille et communique, au travers de ses pupilles réconfortantes. Emporté par les teintes bleues-vertes (ainsi qu’un jaune timide, mais rappelant l’héritage que le compositeur ne reniera jamais), les éclairages encadrant son visage et les mouvements discrets mes essentiels des objets qui l’entourent dans une parfaite symétrie, il s’ouvre, se dévoile. Créature en devenir, il choisit la confidence de quelques objets et la patience d’harmonies à la fois graves et douces pour naître et éprouver le monde. Avec un regard tendre et neuf.