Inspiration, émotion

Sur son second EP, Anne Darban se livre à une analyse des conséquences de la rupture et de l’incompréhension dans le couple, mais toujours d’un point de vue intime et sensible. Une poésie douce-amère vécue de l’intérieur et exprimée avec autant de mélancolie que de sagesse.

Dès ses premières mesures, l’enjeu du nouvel opus d’Anne Darban, « Plutôt me rendre », est exposé sans détour ni fioriture : tout au long des six chansons qui le composent, il sera question de l’impossible, de l’amour et de ses malversations, de l’intensité du ressenti et de la mauvaise lecture qui en est faite. Là où l’innocence émerveillée et poignante de « Montgolfière » nous avait présenté une créatrice observant le monde qui l’entoure avec concentration et véracité, « Plutôt me rendre » est solitaire, à l’image de sa pochette. Mais il n’y aura aucune tristesse dans les paroles de la chanteuse ; plutôt, un bilan, un regard vers le passé ne sombrant cependant jamais dans le désespoir.

Anne Darban dialogue avec ses instruments, les prend comme témoins des faits et de leurs conséquences. « Loin » écrit le scénario d’une peine, d’une tristesse innocente et implorant une seconde réalité, plus confidente et sensitive. Dès lors, « Plutôt me rendre » narrera les contes éperdus d’heureuses rencontres destinées à la césure : « Apparition, disparition » et « Le fil » sont deux lentes réflexions sur les forces et faiblesses de l’union, sur ce langage des corps et des âmes si abscons. La piste éponyme écrit l’impuissance face à la dépression et à la résignation, bien que la réponse aux questions soit là, devant celui qui s’égare. « Un dimanche à la mer », drame de la redondance et d’une fracture brutale dans un décor à l’abandon, où le romantisme frôle le déchirement, avant que « Les couleurs », vengeance contre l’abnégation, cavale dans les embruns d’une existence à jamais métamorphosée mais imbibée de tonalités caressantes et reposantes.

La gravité de « Plutôt me rendre » dissimule une femme éblouissante et savante, une créature malmenée mais ne se rendant à aucun moment. La personnalité d’Anne Darban, ses confessions et ses convictions nous rassurent, nous apportent les défenses face au désarroi. La biographie consciente et exceptionnelle d’un cœur battant toujours plus fort.

crédit : Séverin Photography

« Plutôt me rendre » d’Anne Darban, disponible depuis le 9 novembre 2018.