Alice se déchaîne

Sans être une grande surprise du fait de sa recette éprouvée depuis plus de 25 ans par le groupe, le nouvel album d’Alice in Chains a le mérite de chercher de nouvelles idées instrumentales qui, avec quelques efforts supplémentaires, pourrait devenir le chef-d’œuvre tant attendu depuis la disparition de Layne Staley.

La première écoute de « Rainier Fog » a ce triste mérite de laisser l’auditeur de marbre, éprouvé par trois décennies d’un art certes propre à Alice in Chains, mais qui peut commencer à fatiguer. Entre les harmonies vocales omniprésentes (là, par contre, on ne sera pas déçu) et le son de guitare parfait et expérimental de Jerry Cantrell, l’opus passe crème au premier abord, mais donne également envie d’en apprendre un petit peu plus. En effet, il semble que de multiples inventions se soient glissées là où on ne les attendait pas, dans des riffs distillés durant quelques secondes ou au cœur de sonorités inédites chez les natifs de Seattle. Alors, on creuse, archéologues impatients de comprendre pourquoi cette sensation cuisante de nouveauté nous tourmente à ce point. Et on trouve ce qui se fait de plus percutant et passionnant dans le domaine du rock, tout en allant beaucoup plus loin.

Des élans bluesy de « Drone » à l’influence heavy metal de l’imparable « Rainier Fog », Alice In Chains se montre de plus en plus convaincant, dépassant largement le d’ores et déjà culte « Black Gives Way to Blue ». Sculptant l’argile avec, bien évidement, son don de la mélodie et de la conjugaison des pulsions de basse et de batterie, le quatuor s’écoute, se répond et se percute dans une chorégraphie bruitiste mais parfaitement maîtrisée, récoltant les fruits de toutes ses années de recherche. « Rainier Fog » apparaît comme la synthèse des ambitions de chacun, notamment sur le sublime et progressif « Maybe », ce peut-être qui se métamorphose en tentative d’aller toujours plus loin (l’électricité fulgurante de « So Far Under » et « Never Fade »). Corrosif et malingre, il se distille le long de nos neurones, s’achevant en douceur grâce à « All I Am », confession d’une introspection nécessaire à l’explosion.

« Rainier Fog » va certainement perdre certains fans en cours de route, troublés par la variété et l’ambition de ceux qui l’ont scrupuleusement fabriqué. Mais il demeure l’un des meilleurs Alice in Chains, toutes périodes confondues.

« Rainier Fog » d’Alice in Chains, disponible depuis le 24 août 2018 chez AIC Entertainement / BMG Rights Management (US) LLC.